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HEPATITE ET TRAVAIL : FOIE ET TOXIQUES D'ORIGINE PROFESSIONNELLE Par
le Dr.Christine COLLAT |
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| 2.SUBSTANCES
DIVERSES 3. ATTEINTES HÉPATIQUES CHRONIQUES Arsenic Chlorure de vinyle ou Monochloethylene Tétrachlorure de carbone Polychlorobiphenyls (PCB) Beryllium |
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| 1.
LES SOLVANTS Tétrachlorure de carbone Chloroforme 1,2 Dichloropropane 1,3 Dichloropropene ou DPC 1,2 Dibromoethane et 1,2 Dichloroethane ou Chlorure d'éthylène Bromobenzene et Chlorobenzene 1,1,2,2 Tetrachlorethane 2. AUTRES SOLVANTS CHLORES 2 Nitropropane Dimethylformamide (DMF) Pyridine |
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Dernière
mise à jour Avril 1999
Les substances
industrielles responsables d’action toxique sur le foie peuvent exercer
leurs effets directement sur la cellule hépatique et entraînent alors des
lésions dans les régions périportales des lobules hépatiques ou le plus souvent
elles seront toxiques après oxydation par le système microsomial et les lésions
débuteront alors dans les zones centro-lobulaires. Ces deux types d’hépatotoxicité
directe sont dose-dépendantes. Il existe un autre type d’action toxique
de mécanisme immunoallergique réalisant une hépatotoxicité indirecte comme
l’halothane par exemple où la symptomatologie est indépendante de la
dose mais très liée à la répétition des expositions.
1.
HÉPATITES AIGUËS CYTOLYTIQUES TOXIQUES
L’oxydation
de certains xénobiotiques par les différents isoenzymes constituant le
système des mono-oxygénases à cytochrome P 450 produit des métabolites
instables, réactifs de nature chimique variée (radicaux libres pour le
tétrachlorométhane par exemple) qui vont attaquer les constituants cellulaires.
Le tétrachlorure de carbone ou tétrachlorométhane (CCl 4) est un hydrocarbure halogéné aliphatique, dérivé du méthane. Ce solvant chloré est un liquide incolore et volatil. La voie respiratoire est la voie d’entrée principale, mais l’absorption percutanée peut contribuer à l’hépatotoxicité. Sources d'exposition Du fait de sa toxicité qui peut se manifester après simple inhalation, son emploi a été considérablement limité. Il était anciennement utilisé dans les pressings et dans les extincteurs car il est ininflammable. Le danger d’intoxication qu’il présente, particulièrement lorsqu’il est porté à température élevée, a fait interdire son emploi dans les extincteurs (circulaire du 30.06.61 relative à l’interdiction des extincteurs d’incendie chargés en tétrachlorométhane). Actuellement il est employé :
Pathogénie Le tétrachlorure de carbone n’est pas directement actif sur les cellules hépatiques. Il y a un clivage du tétrachlorure de carbone aboutissant à la formation de radicaux libres, seuls responsables des phénomènes toxiques. L’hépatotoxicité est dose-dépendante. Les lésions vont prédominer dans la région centro-lobulaire. Manifestations cliniques L’exposition
aiguë se traduit par une atteinte du système nerveux central (excitation
puis somnolence, céphalées, troubles de la vue, vertiges, coma) puis par
des troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, douleurs abdominales,
diarrhées) réalisant des formes digestives pseudo -chirurgicales avec
fréquemment fièvre inaugurale suivis 12 à 24 h. après par une atteinte
hépatique (cytolyse hépatique par nécrose). Le patient présente habituellement
une hépatomégalie sensible, parfois un ictère ou un sub-ictère et des
urines foncées. Sur le plan biologique, les transaminases peuvent être
très élevées (supérieures à 100 N) et le TP ainsi que le facteur V abaissés
de façon variable, témoins d’une insuffisance hépato-cellulaire.
L’atteinte hépatique se complique au 2° ou 3° jour d’une tubulopathie
aiguë oligo-anurique (par nécrose des tubules) s’accompagnant d’oedèmes
périphériques et d’une hypertension. L’oedème pulmonaire,
complication fréquente de l’intoxication est dû à l’insuffisance
rénale et aux lésions directes de la paroi alvéolaire. L’éthylisme
chronique, à l’origine d’une induction des enzymes microsomiaux
hépatiques est un facteur aggravant démontré lors d’intoxications
collectives où l’exposition était identique. Sa toxicité aiguë est
également majorée par le trichloréthylène, les cétones et le phénobarbital.
Le chloroforme ou trichlorométhane (CHC13) a été abandonné comme anesthésique du fait de sa toxicité hépatique et cardiaque (hyperexcitabilité ventriculaire). Il est encore employé actuellement comme intermédiaire chimique. 1,2 DICHLOROPROPANE (CHC 13-CHCl-CH3) Il est utilisé
principalement comme solvant et décapant des vernis et des peintures,
dégraissant des métaux, des textiles mais également pour l’extraction
des huiles, des graisses et des cires, les synthèses organiques et le
traitement des sols. Il entraîne une nécrose hépatocytaire associée initialement
à une dépression du système nerveux central et parfois à une hémolyse
et à une CIVD. Il est employé pour la fumigation des sols avant plantation pour détruire les nématodes qui parasitent les pommes de terre, les légumes, le tabac et dans la culture des plantes de serre. Le DPC
est facilement absorbé par inhalation mais également par voie percutanée.
La projection cutanéo-muqueuse provoque des brulûres chimiques L’inhalation
des vapeurs se traduit par une irritation ORL et respiratoire (possibilité
d’OAP lésionnel) accompagné d’une conjonctivite et de signes
ébrio-narcotiques. 1,2 DIBROMOETHANE ET 1,2 DICHLOROETHANE OU CHLORURE D'ÉTHYLÈNE Le chlorure
d’éthylène est utilisé essentiellement dans la synthèse du chlorure
de vinyle monomère. Ils sont rarement à l’origine d’accident
chez l'homme. Six observations ont été rapportées avec le 1,2 dibromoéthane,
dont une mortelle. Le bromobenzène est utilisé surtout en synthèse organique. Le chlorobenzène est utilisé:
Ils sont exceptionnellement responsables d’atteintes hépatiques chez l'homme. 1,1,2,2 TETRACHLOROETHANE (classique ictère des perlières) C’est un hydrocarbure aliphatique chloré. Très hépatotoxique, responsable d’hépatite mixte avec ictère pouvant évoluer vers la cirrhose, il était utilisé comme solvant chloré de l’acétate de cellulose et a entraîné des atteintes hépatiques mixtes dans l’industrie aéronautique pendant les deux guerres mondiales. Il est actuellement abandonné comme solvant et est utilisé exclusivement comme produit de base en synthèse chimique dans les laboratoires de recherche.
2. AUTES SOLVANTS CHLORES
Utilisé
comme solvant des résines époxydiques, d’encres et d’adhésifs,
il a entraîné des hépatites fulminantes lors d’inhalation en espaces
clos après une symptomatologie initiale bruyante associant syndrome ébrio
-narcotique, troubles digestifs, céphalées, ataxie, dyspnée et douleurs
thoraciques. L’hépatite est en général gravissime, d’apparition
retardée de 2 à 3 jours avec cytolyse majeure (transaminases supérieures
à 100 N). Une méthémoglobinémie est possible. La plupart des cas publiés
ont une évolution fulminante avec décès par insuffisance hépato-cellulaire
terminale. C’est un solvant d’odeur désagréable (poison) dont l’absorption est toute aussi importante par voie transcutanée que par inhalation. La plupart des intoxications professionnelles sont dues à des contaminations prolongées ou répétées de la peau, le DMF étant peu volatil. Les gants de latex et de néoprène sont perméables au DMF. Sources d’exposition Il est très utilisé comme solvant dans l’industrie des matières plastiques (fibres acryliques) et des cuirs synthétiques. C’est aussi un solvant des pesticides, des colles, peintures, vernis ou encres (utilisé pour le nettoyage des graffitis) et de quelques médicaments à usage vétérinaire. Manifestations cliniques Le DMF peut provoquer une cytolyse hépatique habituellement bénigne après un contact unique ou répété sur plusieurs jours. Les effets observés sont des dermites d’irritation, parfois sévères, des kératoconjonctivites, un syndrome douloureux abdominal, une dépression du système nerveux central, une hépatite cytolytique et un effet antabuse.
Le traitement se fait notamment par administration de N-acétylcystéine.
C’est
un solvant hétérocyclique soufré qui est utilisé comme réactif de laboratoire,
intermédiaire de synthèse de pesticides et de médicaments ainsi que comme
solvant dans l’industrie du caoutchouc. La pyridine a entraîné des
hépatites cytolytiques après administration orale. En milieu de travail
l'odeur très nauséabonde, perceptible dés 1 ppm, en limite l’inhalation.
MÉTAUX ET MÉTALLOÏDES L’hépatite
phosphorée est actuellement exceptionnelle en raison de la suppression
des raticides phosphorés et du phosphore des allumettes. Elle est due
à l’ingestion de phosphore blanc ou de phosphure de zinc. Sources d’exposition L’arsenic est présent comme impureté dans de nombreux minerais. Les principales circonstances d’exposition professionnelle sont le grillage de minerais arsenicaux (fonderies de cuivre surtout, mais aussi d’or, de plomb et de zinc), la fabrication des organo-arsenicaux, le traitement du bois par les fongicides CCA, la verrerie et la cristallerie (affinage du verre), la tannerie, la fabrication de pesticides et le traitement de la vigne. Manifestations cliniques La toxicité aiguë se traduit par une atteinte multiviscérale par cytotoxicité directe sur les cellules endothéliales du tissu digestif (gastro-entérite intense avec diarrhées profuses, vomissements), nerveux (oedème cérébral, convulsions), hépatique (cytolyse), rénal (insuffisance rénale par nécrose tubulaire), médullaire (hypoplasie) et myocardique (troubles de la conduction et de l’excitabilité, choc cardiogénique). La guérison toujours très lente est marquée par une atteinte de la peau et des phanères, et surtout par une polyneuropathie sensitivo-motrice.
HYDROGÈNE ARSÉNIÉ L’hydrogène arsénié ou arsine est un gaz incolore plus lourd que l’air. La pénétration dans l’organisme est exclusivement respiratoire. C’est le plus toxique des dérivés de l’arsenic. Sources d’exposition Hormis quelques applications dans l’industrie électronique comme gaz de dopage dans la fabrication de semi-conducteurs et en synthèse organique, le plus souvent la formation d’hydrogène arsénié est accidentelle. Les principales circonstances de dégagement accidentel se rencontrent dans la métallurgie: traitement de minerais ayant de l’arsenic comme impureté (zinc, cuivre, étain, plomb et cobalt), détartrage chimique acide de chaudières, bronzage d’art, restauration de peintures contenant des dérivés arsenicaux. Ce risque existe chaque fois que l’arsenic est en contact avec de l’hydrogène naissant ou des solutions acides. Manifestations cliniques L’hydrogène
arsénié provoque une hémolyse intra-vasculaire massive avec anémie et
hémoglobinurie. L’intoxication suraiguë peut entraîner le décès
par collapsus cardio-vasculaire immédiat après l’exposition. Selon
l’intensité de l’exposition, la symptomatologie des accidents
aigus débute par un malaise général avec céphalées, paresthésies des membres,
frissons, sueurs, nausées, vomissements et douleurs abdomino -lombaires.
Puis s’installent progressivement un état de choc avec pâleur et
cyanose, et une insuffisance rénale aiguë oligo-anurique, liée à la précipitation
intra-tubulaire de l’hémoglobine libre, et à une toxicité directe
sur le parenchyme rénale avec urines rouges. Il existe souvent une cytolyse
hépatique modérée, survenant après la 24°h. avec élévation des transaminases
de 1,5 à 2 N. L’hépatite peut être retardée. Le tableau peut ensuite
se compliquer d’une hyperthermie modérée, d’un ictère cutanéo-muqueux
intense avec hépatomégalie sensible, d’une CIVD et d’une rhabdomyolyse.
Le décès survient dans environ 10 à 25% des cas selon les séries, l’évolution
peut être marquée par l’installation de complications arsenicales:
alopécie, neuropathie périphérique, anémie mégaloblastique.
Quelques rares observations font état d’une cytolyse hépatique lors d’intoxication massive. Sources d’exposition Il entre dans la composition d’alliages avec l’acier, le zinc et le cuivre. Il permet la fabrication de batteries et d’accumulateurs rechargeables et la fabrication de revêtements anticorrosion des métaux, par électrolyse ou par trempage. Les composés minéraux du cadmium sont des stabilisants des matières plastiques et des pigments jaunes ou oranges pour peintures, encres et émaux. Ils sont également utilisés pour la fabrication de fusibles, de cellules photo-électriques, de semi-conducteurs et de substances luminescentes. Manifestations cliniques Lors des accidents aigus, les vapeurs et les fumées concentrées d’oxyde sont, caustiques pour les voies respiratoires et peuvent entraîner une pneumonie chimique, "pneumonie cadmique" voire un OAP lésionnel. L’inhalation de vapeurs et de fumées à concentration modérée peut être à l’origine d’un épisode de "fièvre des métaux". De façon exceptionnelle l’atteinte respiratoire peut se compliquer d’une atteinte hépatique (cytolyse) et rénale (tubulopathie proximale avec diabète phospho-gluco -aminé). Diagnostic biologique Il se fait par dosage sanguin du cadmium. Le taux normal est inférieur à 5 microgramme/1. Le dinitrophénol (intermédiaire pour la synthèse des colorants, des explosifs, des produits de développement photographique et des pesticides) et le dinitro-orthocrésol, sont des substances découplant la phosphorylation oxydative mitochondriale pouvant entraîner une nécrose hépatique de façon contingente lors d’intoxications aiguës massives. Sources d’exposition Ils sont employés comme insecticides pour le traitement des sols et des semences. Seules trois molécules restent commercialisées en France: diénochlore, l’endosulfan ou thiodan et le lindane. Le DDT est interdit. L’absorption est surtout percutanée, mais également respiratoire. Manifestations cliniques Dans les formes graves lors d’intoxications aiguës, il existe des signes digestifs (vomissements, diarrhées, douleurs abdominales) puis survient une confusion mentale avec tremblements et ataxie, puis l’apparition de convulsions généralisées et d’un coma. Le tableau s’accompagne d’une acidose métabolique et peut se compliquer d’une rhabdomyolyse, parfois d’une cytolyse hépatique (lindane) ou d’une tubulopathie rénale liée à la myoglobinurie. Une hyperexcitabilité myocardique et un oedème pulmonaire sont possibles en particulier avec le lindane. Diagnostic biologique Il se fait par dosage sanguin de l’organochloré. Ils se trouvent présents dans des préparations commerciales telle que Phénochlor, Pyralène où ils sont mélangés à du trichlorobenzène. Les PCB sont pratiquement non biodégradables d’où un problème majeur d’écotoxicité (bioaccumulation au long des chaînes alimentaires). Leur pyrolyse à des températures comprises entre 450 et 700° C. dégage de l’acide chlorhydrique, des oxydes de carbone, des polychlorodibenzofuranes (PCDF) ainsi que des traces de polychlorodibenzodioxines. Sources d’exposition Jusqu’au milieu des années 70, les PCB ont été utilisés comme fluides hydrauliques, lubrifiants, additifs des matières plastiques ou d’huiles de coupe et en raison de leur ininflammabilité comme fluides isolants dans les transformateurs de puissance et les condensateurs électriques. L’arrêté du 8 juillet 75 a limité, en France, leur emploi aux systèmes électriques clos, en principe peu vulnérable à l’incendie. Depuis le 1° juillet 86, leur mise sur le marché dans des équipements neufsest interdite dans toute la CEE. A l’heure actuelle, l’intervention sur les nombreuses installations électriques contenant encore des PCB représente la principale circonstance d’exposition professionnelle. L’emballement d’un réacteur de synthèse de trichlorophénol a été à l’origine, en 1976 à Seveso, d’une exposition environnementale aux polychlorodibenzodioxines (PCDD). Manifestations cliniques L’exposition aiguë lors de l’incendie d’un transformateur contenant des PCB entraîne une exposition aux produits de pyrolyse: acide chlorhydrique, PCDF et PCDD. Le PCDD est considéré comme le principal responsable des manifestations observées:
Le dosage
plasmatique des PCB est un moyen indirect d’évaluer l’exposition
aux produits de pyrolyse furanes et dioxines. Ces dosages sont toutefois délicats,
longs et coûteux. C’est un liquide incolore utilisé en solution aqueuse comme intermédiaire de synthèse d’agents porogènes pour matières plastiques, de pesticides et de médicaments (isoniazide, dihydralazine). Elle est également utilisée comme anticorrosif et comme base pour la fabrication de colorants. La projection cutanéo-muqueuse provoque des brûlures chimiques d’intensité variable avec la concentration et le temps de contact. Les vapeurs sont fortement irritantes pour les voies respiratoires et peuvent être à l’origine d’un OAP lésionnel. L’hydrazine entraîne un abaissement du seuil épileptogène. Elle est également responsable d’hémolyse et d’atteintes hépato-rénales. La source majeure d’exposition humaine exogène aux nitrosamines est le tabac. Certaines activités professionnelles peuvent être source d’exposition: les industries du cuir, du caoutchouc, la métallurgie. Les nitrosamines essentiellement la diméthylnitrosamine sont hépatotoxiques. Les observations humaines d’intoxication professionnelle sont exceptionnelles. 4 DIAMINODIPHENYLMETHANE (DDM) ou 4,4 méthylènedianiline (MDA). Sources d’exposition C’est une amine aromatique largement utilisée comme durcisseur de résines époxy, de polyuréthanes et comme anti-oxydant pour caoutchouc. En France le décret du 28 août 89 n’autorise leur utilisation à des concentrations supérieures à 0,1% qu’à des fins exclusives de recherche ou d’analyse. Manifestations cliniques
La pénétration transcutanée de cette amine très liposoluble justifie le suivi de l’exposition professionnelle par mesure du DDM dans les urines et la surveillance biologique de la fonction hépatique. L’halothane ou fluothane est un dérivé halogéné de l’éthane (2 bromo,2 chloro,1,1,1 trifluoroéthane) dont le métabolisme intermédiaire, cytochrome P450 dépendant entraîne la formation de plusieurs dérivés électrophiles responsables de peroxydation lipidique. Il est actuellement admis que ces altérations cellulaires engendrent secondairement une sensibilisation à l’halothane chez certains sujets seulement, ce qui expliquerait l’aggravation des lésions lors des administrations itératives et la survenue sporadique d’hépatites toxiques. Manifestations cliniques Les hépatites à l’halothane sont essentiellement observées chez les malades anesthésiés par cette substance et sont exceptionnelles. Plus rarement il existe des intoxications professionnelles chez les anesthésistes et le personnel de bloc opératoire ou de salle d’accouchement. L’hépatite survient après plusieurs administrations successives d’halothane à intervalles brefs et se manifeste par un ictère cytolytique au 5° jours post-anesthésique, accompagnée de manifestations générales d’hypersensibilité (rash, fièvre, hyperéosinophilie). Le pronostic de ces hépatites est mauvais (50% de décès) avec évolution vers l’insuffisance hépatocellulaire. Le diagnostic repose sur la mise en évidence d’auto-anticorps spécifiques dirigés contre la membrane de l’hépatocyte. La prévention est assurée par la mise en place de système antipollution et le travail en circuit fermé. L’enflurane également utilisé est exceptionnellement hépatotoxique et l’isoflurane n’est pas considéré comme hépatotoxique.
Les situations classiques d’exposition aux différents hépatotoxiques industriels cités plus haut sont maintenant exceptionnelles en raison des mesures de substitution touchant les produits les plus toxiques et de la politique normative fixant des valeurs limites de concentration dans les lieux de travail. Depuis le début des années 80, de nouvelles interrogations sont apparues sur le risque pour le foie d’expositions à des mélanges de substances faiblement hépatotoxiques (situations industrielles fréquentes, par exemple pour les solvants aux postes de peinture) sachant que certaines substances comme les cétones exercent une action potentialisatrice, de même que l’ingestion simultanée d’alcool ou de certains médicaments. Le rôle de l’ingestion d’alcool apparaît de façon nette justifiant ainsi la surveillance ciblée, clinique et biologique des salariés exposés aux solvants et ayant par ailleurs des facteurs de risque personnels (alcool, médicaments). 4.
ATTEINTES HEPATIQUES CHRONIQUES
Il s’agit soit de fibrose en règle portale ou de cirrhose compliquée ou non d’hypertension portale (HTP), de splénomégalie avec leucopénie et thrombopénie, de varices œsophagiennes avec hémorragies digestives, soit de cancer primitif du foie. L’arsenic sous forme de trioxyde, a été utilisé en thérapeutique médicale sous forme de liqueur de Fowler dans le traitement de certaines dermatoses, notamment du psoriasis. Ce métalloïde est également présent dans de nombreux minerais métallifères et dans certains pesticides employés dans le traitement des vignes.
Le chlorure de vinyle monomère (CMV) est un gaz inflammable qui se polymérise facilement sous l’action de l’oxygène, de la chaleur et de certains catalyseurs. En milieu industriel le CMV est stocké, transporté et utilisé essentiellement sous forme liquéfiée entretenue par pression. Sources d’exposition Le CMV est utilisé depuis les années 30 pour la production de polychlorure de vinyle (PVC) qui constitue la base de très nombreuses matières plastiques (bouteilles d’eau, revêtements de sols, encadrement de fenêtres, etc.). Les plus fortes expositions s’observent dans les ateliers de polymérisation lors du nettoyage et du décrôutage des autoclaves. L’exposition professionnelle au CMV est réglementairement limitée (décret du 12.03.80: les concentrations moyennes à respecter sont de 1 ppm pour les installations en service et de 0,5 ppm pour les nouvelles installations). Les contraintes actuelles qui pèsent sur les teneurs en monomère du PVC rendent les risques environnementaux négligeables: moins de 1 ppm imposé pour l’usage alimentaire et moins de 10 ppm imposé pour les autres usages. Pathogénie La toxicité du CMV proviendrait de sa transformation en métabolites réactifs électrophiles: l’oxyde de chloréthylène et le chloracétaldéhyde. Manifestations cliniques L’exposition chronique au CMV peut provoquer une fibrose hépatique qui peut être associée à une HTP, des varices œsophagiennes, une splénomégalie et une thrombopénie. L’exposition
prolongée (plus de 10 ans) est à l’origine d’angiosarcome hépatique,
tumeur extrêmement rare dans la population générale et de pronostic sévère
(survie moyenne inférieure à 1 an) se développant à partir des cellules bordant
les sinusoïdes. L’angiosarcome survient avec une latence moyenne de
22 à 25 ans associé ou non à une fibrose. Le tableau est celui d’une
hépatomégalie douloureuse avec ictère, ascite, hémopéritoine, HTP. Le diagnostic
repose sur l’imagerie et l’histologie. Surveillance des personnes exposées Les travaux
de polymérisation du chlorure de vinyle font partie des travaux nécessitant
une surveillance médicale spéciale. Une surveillance post-professionnelle tous les 2 ans est proposée aux salariés. L’échographie et le bilan biologique hépatique restent les examens de base de ce suivi.
L’exposition chronique aboutit à une dégénérescence hépatique graisseuse (stéatose) évoluant vers la cirrhose (potentialisation par l’administration d’acétone ou d’éthanol) et à une atteinte rénale glomérulaire et tubulo -interstitielle qui évolue normalement vers la guérison (après épuration rénale). Des cas de
carcinomes hépatocellulaires ont été publiés (1). Une stéatose hépatique, accompagnée ou non d’anomalies biologiques (élévation des transaminases, des triglycérides et / ou du cholestérol) ainsi qu’une discrète hépatomégalie, a été rapportée chez des travailleurs de l’industrie des transformateurs et condensateurs électriques. Les études épidémiologiques réalisées chez les salariés exposés aux PCB n’ont pas montré de surmortalité par cancer du foie. La constatation d’une tumeur hépatique telle que l’angiosarcome compte tenu de la faible prévalence dans la population générale (1 à 3%) doit faire systématiquement rechercher une exposition à l’arsenic ou au chlorure de vinyle. Les principales
circonstances d’exposition professionnelle sont la métallurgie du béryllium,
l’industrie des céramiques et des composants électroniques, la verrerie
et le soudage avec des électrodes contenant du béryllium. La constatation d’une tumeur hépatique telle que l’angiosarcome compte tenu de la faible prévalence dans la population générale (1 à 3%) doit faire systématiquement rechercher une exposition à l’arsenic ou au chlorure de vinyle.
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